Kosice, ville européenne de la culture 2013, jumelée avec Marseille - BARBIER

"Kosice, ville européenne de la culture 2013, jumelée avec Marseille" par M. Bernard Barbier , le 4 décembre 2008

Dans son choix dès "capitales européennes de la culture", l'U.E. cherche à associer « un grand pays et un autre de taille moindre »; en 2013, Marseille et Kosice seront jumelées. Cette dernière, peu ou pas connue des Français, se trouve en Slovaquie, à peine moins connue. S'il convient de présenter la ville et sa place dans la culture, il faut, auparavant, situer le pays.

La Slovaquie est au coeur de l'Europe centrale, mais son cadre naturel et ses puissants voisins ne lui ont pas permis de profiter d'une position centrale généralement avantageuse. Le pays comprend, en son centre, les Carpates occidentales, à l'ouest une partie de la Moravie, au sud le liseré nord de la plaine hongroise et, à l'est, un espace déprimé et semi-montagneux, fermé au nord par les Beskides et à l'est par les Carpates orientales roumaines. Il n'y a aucune unité physique et toutes les rivières descendent vers le sud et le Danube: le pays regarde vers l'Autriche et la Hongrie et non vers le nord. C'est dans cette Slovaquie orientale que se trouve Kos1ce, assez loin de cette Europe occidentale ou méditerranéenne d'où est venue la culture; la distance et le relief ne facilitaient pas les échanges.

On a souvent dit que la Slovaquie n'avait pas d'histoire propre. En effet, la naissance d'une Slovaquie, indépendante remonte à 1993, il y a quinze ans. Le rameau slave des Tchèques et des Slovaques, peuples frères qui parlent à peu près la même langue, s'est installé vers le milieu du premier millénaire dans le centre de l'EUrope; cependant, l'histoire ne parle de lui qu'au IXe siècle, lorsque se crée l'éphémère Grande Moravie, pour soixante-quinze ans, qui s'étale du sud de la Pologne au milieu de la plaine pannonienne, mais la période a laissé dans la mémoire le souvenir d'une époque médiévale où les Slovaques formaient déjà un Etat.

Et l'on comprend l'importance de ce souvenir, quand on sait que les Slovaques ont connu mille ans de domination magyare, pendant lesquels ils sont des sujets du roi de Hongrie, simples paysans dépendant de grands propriétaires hongrois ou allemands, habitant ce que leurs maîtres dénommaient la

"Haute Hongrie". Aux environs de l'an 900, des nomades magyars envahissent la plaine pannonienne et créent la Hongrie; en l'an 1000, leur roi St Etienne se fait baptiser, avec tous ses sujets. Les Slovaques, dont certains étaient chrétiens depuis la Grande Moravie, deviennent alors catholiques, ce qui constitue un trait fondamental de leur personnalité depuis cette époque: adoption des caractères latins pour écrire 1e magyar (langue non indo-européenne), recours à la langue latine pour une certaine élite, et création de quatre évêchés dont celui de Kosice. Les évènements qui touchent le peuple slovaque lui arrivent de l'extérieur: les Turcs écrasent la Hongrie dans leur marche vers Vienne, en 1516, et la Slovaquie devient alors le refuge de la monarchie de Budapest; la reconquête de la Hongrie se fait par les troupes des Habsbourg, qui ont pris la couronne de St Etienne, mais les Slovaques restent sujets des Hongrois; la création de la Double Monarchie, en 1867, n'apporte aucun changement au sort du Slovaque.

Au XIXe siècle, un nationalisme slovaque se manifeste, notamment en 1848, sans succès. Toutefois, avec l'effondrement des Habsbourg en 1918, les Slovaques espèrent un Etat, mais  ils n'ont pas un passé le justifiant et est créée une Tchécoslovaquie. Si la crise de 1938-9 aboutit à l'Etat slovaque de Mgr Tiso, la mainmise d'Hitler y est totale. La période soviétique qui suit est une autre domination et la Tchécoslovaquie, qui renaît en 1989, n'accorde rien à Bratislava. Mais la demande d'un Etat est forte et la Prague de V.Havel cède: le 1er janvier 1993, la Slovaquie est, pour la première fois, un Etat indépendant.

La partie la plus développée de la Slovaquie est l'ouest et Kosice est tout à fait à l'est; c'est néanmoins la deuxième ville du pays, avec 236 000 h . C'est en 1290 seulement qu'elle est ville royale; elle vit alors des échanges, profitant d'un certain carrefour de routes et c'est une grande cité, avec son évêché; y est construite la plus belle cathédrale du pays, Ste Elisabeth. La deuxième guerre mondiale donne à Kosice une place particulière: déjà ville de la résistance, elle devient la capitale provisoire de la Slovaquie libérée et les habitants sont très sensibles au souvenir de ces moments forts.

L'agriculture environnante est assez prospère, grâce à l'eau venue des Carpates; l'industrie est beaucoup plus importante que l'on ne pourrait s'y attendre, sous la forme traditionnelle (textiles, bois) et surtout avec la gigantesque aciérie créée de toutes, pièces par les Soviétiques malgré l'absence de charbon et de fer ( reprise par U.S.Steel, elle serait en bon état, à l'encontre de nombreuses aciéries en Europe de l'Est); la ville bénéficie du "pipe-line de l'amitié", qui amène le pétrole russe en Europe. Le commerce reste important dans cette métropole de l'Est et le réseau routier va être renforcé par deux autoroutes qui relieront Kosice à Bratislava, à l'ouest, et à Miskolc, au sud, en Hongrie (travaux achevés en 2012). Kosice est le chef-lieu d'une des huit" régions autonomes" du pays. Incontestablement, la ville a une importance aujourd'hui, qui contraste avec sa place plus mesurée d'autrefois.

Quand la Slovaquie a dû proposer des villes entre lesquelles l'Europe devait choisir la ville culturelle 2013, elle a proposé, outre Kosice, Presov ( 90.000 h, jolie petite ville à 30 km au nord de Kosice, Nitra, grande ville de l'ouest, et Martin, l'ancienne St Martin de Turiès débaptisée par le communisme. 'Le jury a choisi Kosice, et,je le pense, à très juste titre car son passé culturel plaide en sa faveur.

On ne peut s'attendre à rencontrer en Slovaquie la richesse d’une ville italienne ou française et la cathédrale St Etienne appartient au gothique tardif. La rue principale de Kosice, grande artère nord-sud, est à double voie  et détient tout ce que la ville peut offrir, avec l'ensemble église et tour qui cerne la cathédrale du XIV°-XV° siècle( beau rétable), belles demeures Renaissance et baroques, château et hôtel di: ville du XVIII° s., théâtre du XIX° s. , musées et , palais plutôt dans le style art nouveau. Ce patrimoine est à protéger et restaurer, par le biais d'un Service du Patrimoine, datant de l'époque communiste et n'ayant pris son développement que depuis 1993. Les deux universités, technique et générale, ont seulement cinquante ans.

La Slovaquie orientale possède d'autres villes intéressantes: Presov, dont la nature de la richesse monumentale est assez semblable à celle de Kosice; Bardejov, un peu plus au nord, possède une belle église gothique et des églises en bois, à la tête d'un "Réseau de villes protégées" qui, sont classées, au Patrimoine Mondial de 1'U.N.E.S.C.O. Le maître du Pop Art, Andy Warhol, né à Pittsburgh, appartient à une famille émigrée en 1921 et n'est jamais venu dans le pays; de ses origines, mais Medzilaborce, petite ville proche du village originel, en pleine Ruthénie orthodoxe et gréco-catholique au pied des Carpates, est fière de son fils et lui a construit un musée, grâce à ce que la famille a donné après la mort de l'artiste.

Que va faire Kosice pour s'affirmer comme " ville européenne de la culture"? Après la visite faite à Marseille en juin 2008 par le directeur de" Kosice 2013", on a l'impression que le programme en est encore à des principe généraux. Le slogan est: "Prenez la ville". Que cela signifie t'il? Les artistes doivent investir la ville, ses rues, ses monuments, ses quartiers; les habitants doivent comprendre que le choix de Kosice est une chance et qu'ils ont à rencontrer les artistes et tous les citoyens  de leur cité; la municipalité doit s'ouvrir à ses voisins ukrainiens, lithuaniens, turcs et « constituer un pont entre l'Europe de Schengen et celle de l'extérieur », d'autant plus que la Slovaquie est dans l'U.E. depuis le 1er janvier 2004 dans l'Espace Schengen et doit rentrer (?) dans la zone euro au 1er janvier 2009. Un partenariat doit s'établir étroitement entre Kosice et Marseille, dont les Slovaques attendent beaucoup. Le décalage historique dont la Slovaquie a été la victime explique le léger "moins" que l'on rencontre à Kosice; mais le sentiment' que la ville a une chance à saisir est indéniable et elle entend ne pas la négliger.

N.B. Kosice doit se prononcer : Ko-chi-tsé, avec l'accent tonique sur la première syllabe.