Un homme de la Renaissance: Jean Calvin - DODRE

Conférence de M. Raymond Dodré sur "Un homme de la Renaissance: Jean Calvin", 6 novembre 2008

De nombreuses manifestations vont commémorer cette année le 500ème anniversaire de la naissance de Calvin et vont permettre de redécouvrir une figure éminente du XVI ème siècle. En effet, le réformateur appartient au siècle de la Renaissance, en France et il est en partie un homme façonné par cette Renaissance, tant par ses études et son inclination pour les textes de l'Antiquité que par son apport à l'histoire de la littérature.

Né le 10 juillet 1509 à Noyon en Picardie, fils de l'homme d'affaires du Chapitre de la cathédrale, il fait d'excellentes études à Paris, puis à Orléans et Bourges où il suit des cours de droit, avant de revenir à Paris pour assister aux leçons des Lecteurs Royaux qui vont le familiariser avec les textes de l'Antiquité. Il s'intéresse particulièrement à Sénèque et il écrit un commentaire remarqué du "De clementia". Fréquentant à Paris un milieu cultivé, il rencontre de  nombreux représentants de l' humanisme et montre son admiration pour Erasme et Lefèvre d'Etaples qui éditent en latin et en français le Nouveau Testament.

Lors de la rentrée de l'Université de Paris à la Toussaint 1533, son ami, le nouveau recteur Nicolas COP, prononce un discours aux accents luthériens. On pense que Calvin l'a inspiré pour sa rédaction. Menacé de poursuites, Cop s'enfuit à Strasbourg et Calvin quitte Paris pour la province. Il se rend à la Cour de Marguerite de Navarre, soeur de François ler où existe un climat de grande liberté, la reine étant une adepte d'une réforme de l'Eglise. Renonçant aux bénéfices des chanoines de Noyon, Calvin quitte la France après l'affaire des placards et se réfugie à Bâle où l'on édite librement bibles et traités, la ville étant passée peu avant à la Réforme.

Calvin est resté très discret sur la date de son adhésion à la Réforme. On pense qu'elle a eu lieu dans les derniers mois de 1533 après le scandale créé par le discours de Cop quand il a constaté l'impossibilité de promouvoir une réforme modérée de l'Eglise.

A Bâle, il va se consacrer à réviser la traduction de la Bible de son cousin Olivétan, traduction qu'il améliore considérablement. Puis, il écrit un catéchisme pour adultes intitulé "Institution de la religion chrétienne". Le texte est une merveille de simplicité, de clarté et de précision. Edité en latin, il connaît un immense succès dans toute l'Europe et son auteur devient célèbre. Chef d'oeuvre d'humanisme, l'introduction est écrite sous forme d'une lettre au roi de France auquel il s'adresse respectueusement pour réfuter les calomnies dont sont victimes les évangéliques.

Il fréquente la cour de Renée d'Este, duchesse de Ferrare qui offre l'asile aux évangéliques pourchassés en France. Une correspondance très suivie s'établira entre eux.

C'est à la suite d'un passage fortuit à Genève qu'il va se résoudre à y rester pour devenir le collaborateur de Guillaume Farel qui y a commencé la réforme de l'Eglise. On donne comme première tâche à Calvin la formation biblique du peuple. Avec Farel, il rédige une confession de foi et une instruction qui comporte une sévère discipline. La contestation de leur autorité est si grande que le Grand Conseil qui gouverne la ville proclame leur bannissement.

Alors que Farel se réfugie à Neuchâtel, Calvin répond à l'appel du réformateur de Strasbourg, Bucer, gui lui offre d'être le pasteur des réfugiés français. Il y restera trois ans, menant une vie paisible et active, participant à des colloques européens, faisant paraître la 2ème édition latine et la l ère édition française de l ' « institution », et se mariant avec Idelette de Bure.

Rappelé par les autorités genevoises en butte à de graves problèmes, il revient à Genève dont il va diriger l'Eglise pendant 23 ans, tout en entretenant une correspondance avec toute l'Europe. Il nous reste 2500 lettres... Il exerce un pouvoir spirituel considérable qu'on ne peut appeler de bonne foi tyrannie tant le pouvoir civil est distinct du pouvoir religieux. Il ne s'agit donc pas d'une théocratie même si des ordonnances ecclésiastiques règlent minutieusement tous les aspects de la piété et de la morale ce gui n'est pas toujours bien supporté par la population!

Homme de son temps, l'idée de tolérance lui est étrangère. Ainsi, les opposants divers sont-ils bannis de Genève et Michel Servet sera la victime la plus marquante de ce funeste état d'esprit. Nier la trinité vous menait hélas! au bûcher partout en Europe. Toutes les églises approuveront la condamnation du médecin espagnol.

L'idée fondamentale calvinienne est celle de la souveraineté absolue de Dieu qui dirige tout par sa providence. Tout vient de lui de sorte que certains sont prédestinés au salut, d'autres non. Calvin a malheureusement durci cette doctrine de la prédestination gui n'est pas au début au coeur de sa réflexion. Il s'appuie sur les passages de la Bible qui évoquent l'élection par Dieu. Réformateur de la deuxième génération, il tente de concilier les différents points de vue et délègue son collaborateur Théodore de Bèze au Colloque de Poissy réuni à l' initiative de Catherine de Médicis. "Dans le domaine économique, il admet le prêt à intérêt, sévèrement encadré.

Il aime la peinture, la poésie, la musique. En 1559, il crée avec Théodore de Bèze l'Académie pour donner un enseignement supérieur que viendront suivre des étudiants venus de toute l'Europe.

Prêchant tous les jours, il a laissé 2300 sermons. Sa langue comme sa plume est élégante, simple, claire, incisive. Il fait souvent preuve d' humour.

A bien des égards, Calvin appartient au monde de la Renaissance. Il est certainement un humaniste « renaissant » si l'on entend par là le souci des Belles Lettres et la restitution des textes anciens. Mais si l' humanisme consiste en une croyance aux vertus et aux progrès humains, il a été aux antipodes de cette vision optimiste. Une santé médiocre va se détériorer au fil des années. Il meurt le 27 mai 1564, épuisé par le travail et la maladie. Il laisse une oeuvre théologique immense Il reste aussi de lui la figure d'un des esprits les plus lettrés de son époque, d’un écrivain qui aura contribué à fixer notre langue.