Sur les Universités - TACHOIRE

Chronique de M. Henri Tachoire sur "Sur les Universités"  le 9 avril 2009

Cette chronique concerne essentiellement le secteur scientifique de ces établissements.

François Clarac l'a rappelé lors de récents Entretiens de l'Académie à la BMVR : les idées de Darwin n'ont pas été favorablement accueillies en France. Dès 1860, la théorie atomique était bien établie mais, plusieurs dizaines d'années plus tard, on évoquait encore dans notre pays l'hypothèse atomique: on ne «croyait» pas aux atomes ni aux molécules alors que les chimistes allemands avaient synthétisé l'alizarine (1868) et l'indigo (1882). Jusque dans les années 1950, on enseignait le principe du travail maximum cher à Marcelin Berthelot, en contradiction avec les fondements de la thermodynamique établis par Gibbs dans les années 1870...

En 1867, l'exposition internationale de Paris avait déjà montré le retard de la France dans les domaines scientifique et industriel... et convaincu Bismarck que la Prusse gagnerait la prochaine guerre.

Tout au long du XIXe siècle en effet, il n'existe pas d'universités en France mais une Université de France - véritable ministère de l'Instruction publique - avec des facultés isolées les unes des autres, sans laboratoires de recherche à l'allemande ou à l'anglaise. Dans les facultés des sciences, seuls quelques professeurs conduisent des recherches sérieuses... à leurs frais! Comme au XVIIIe siècle, des travaux de recherche, essentiellement appliquée, sont conduits par l'Académie des Sciences de Paris et par les Académies des provinces, celle de Marseille en particulier.

Les premiers efforts sont faits à l'initiative du Ministre Victor Duruy à la fin du Second Empire. L'École Pratique des Hautes Études est créé en juillet 1868. Elle comporte des laboratoires d'enseignement et des laboratoires de recherches; elle possède bientôt sept succursales établies en province... dont deux à la faculté des sciences de Marseille, les laboratoires de zoologie et de chimie.

Le comblement du retard de notre haut enseignement se poursuit avec, en 1896, la création des universités que nous avons connues jusque dans les années 1970. Une création fondée sur le simple regroupement des Facultés relevant d'une même académie. Ces universités françaises n'étaient donc en rien comparables aux universités anglo-saxonnes.

À la fin du XIXe siècle et dans les premières années du XXe, des écoles d'ingénieurs sont créées, le plus souvent à l'initiative de Professeurs des Facultés des Sciences. L'école d'Ingénieurs (créée à Marseille en 1891) et l'école de Chimie (créée en 1909) sont des exemples. Fondateur de l'école de chimie, Professeur de chimie industrielle, Paul Rivals fait ouvrir, en novembre 1917, un «Institut Technique de la chambre de commerce de Marseille rattaché à la faculté des sciences». Établi à Saint-Charles, cet établissement réunit bientôt l'école de chimie, un service de documentation scientifique et technique, un laboratoire d'essais et de mesures mécaniques, physiques et chimiques, un laboratoire de chimie agricole, une section coloniale et, à l'initiative de l'État, à partir de 1923, le Laboratoire national des matières grasses. L'ambition du Doyen Rivals - reçu à l'académie de Marseille le 18 février 1922 - était de créer une véritable Université Technique, un établissement de formation, de recherche et de services.

Après la coupure de la seconde guerre mondiale, de nouvelles initiatives sont prises par des universitaires : jusque dans les années 1960, des écoles d'ingénieurs, des filières d'enseignement innovantes, des instituts de recherche - relevant de la faculté des sciences ou du CNRS - sont créés. Ils sont établis sur le site même de la Faculté ou à proximité. Tous ces laboratoires et écoles sont très liés à la Faculté. Les échanges permanents ont une grande influence sur la qualité des enseignements et celle de la formation des professeurs des lycées assurée également à la faculté.

 

Que reste-t-il aujourd'hui de tous ces efforts, sur les sites universitaires?

Depuis une quarantaine d'années, les écoles d'ingénieurs ont été multipliées et sont réunies en dehors des universités; une grande partie des chercheurs scientifiques ont été rassemblés sur des campus propres au CNRS; même s'ils sont qualifiés d'universitaires, plusieurs établissements ne semblent relever que «pour ordre» des universités. Au sein de celles-ci, et de leurs laboratoires, on fonde de grands espoirs sur les fusions et sur les regroupements réalisés ou en préparation. Nul doute que ces fusions amélioreront le classement des universités françaises dans le «classement de Changhaï» ...

Mais il n'est pas sûr que les professeurs des lycées conseillent aujourd'hui à leurs meilleurs élèves d'entreprendre des études scientifiques à l'université. À la désaffection bien connue pour les sciences, vient s'ajouter la multiplication des classes préparatoires qui, comme l'indique une note d'information officielle, assurent à leurs élèves «Des méthodes de travail efficaces Un encadrement personnalisé Un soutien social et financier Une réussite garantie». Cette note rappelle qu'en 2008, après les concours, il est resté «2000 places vacantes dans les écoles d'ingénieurs, 800 dans les écoles de commerce»...