L' incinération des déchets domestiques - TRAMIER

Conférence de M. Bernard Tramier sur "l'incinération des déchets domestiques" le 4 juin 2009

Il existe 4 voies principales d’élimination des déchets domestiques :

-         la plus universelle : le centre d’enfouissement technique (CET), anciennement appelé décharge contrôlée. Le CET peut accepter tous les déchets, mais il faut prévoir de traiter les gaz de fermentation et les jus de lixiviation. Ceci étant les sites hébergeant un CET sont définitivement condamnés et, inconvénient ultime, l’Union européenne exige leur arrêt.

-         la plus « sympathique » : le tri-recyclage avec soit un recyclage produit (une bouteille est recyclée en bouteille), soit un recyclage matière (on récupère le matériau : plastique, aluminium, etc…, et on fabrique d’autres produits avec le matériau recyclé). Il ne faut pas oublier non plus le recyclage énergétique qui n’est autre que l’incinération. Malheureusement tous les produits ne sont pas recyclables.

-         La plus complexe : la méthanisation qui est une fermentation anaérobie contrôlée. C’est un procédé lent qui conduit à des gaz, principalement du méthane, qu’il convient de récupérer et de valoriser. Il conduit également à un résidu pouvant être utilisé comme amendement. Enfin, tous les déchets ne sont pas fermentescibles et, comme tout procédé biologique, il est difficile à contrôler.

-         Enfin, la plus décriée : l’incinération avec de préférence récupération d’énergie. Il y a alors des effluents gazeux qui, avec les incinérateurs modernes, sont bien maîtrisés et un résidu solide qui devrait aller dans un CET, s’il en reste, ou être valorisé, par exemple comme remblai. Mais tous les déchets ne sont pas combustibles.

 

Si l’on fait maintenant une approche par type de déchet :

-         les bouteilles « propres » (eau) : le recyclage produit ou matière est particulièrement bien adapté.

-         Les bouteilles « sales » (huile) : le recyclage est plus difficile car il faut les laver (consommation d’eau et d’énergie). Pour les bouteilles plastiques l’incinération est la meilleure option.

-         Les boîtes métalliques : le recyclage matière est bien approprié sauf pour des boîtes ayant contenu des produits gras (sardines par exemple)

-         Les détritus organiques : ce sont les plus propices à la fermentation, mais ils peuvent contenir des agents inhibiteurs (biocides), l’incinération garde alors un intérêt.

-         Les cartons et papiers : le recyclage matière est bien adapté ainsi que l’incinération avec récupération d’énergie

-         Les couches bébés : y-a-t-il une autre solution que l’incinération ?

 

Si l’on essaye de faire un bilan de toutes ces analyses :

-         les CET sont désormais interdits. C’est dommage, on ne voit pas comment s’en passer car il y a toujours des déchets ultimes qui ne peuvent aller ailleurs.

-         La méthanisation est intéressante, si on peut valoriser le méthane, mais elle ne concerne que 15 à 20% des déchets domestiques.

-         Le recyclage : c’est évidemment l’idéal, mais il n’est pas adapté à tous les types de déchets : 40 à 50%, ce qui n’est déjà pas si mal.

-         L’incinération : c’est une excellente technique à condition de ne pas tout y mettre, de récupérer l’énergie et de traiter les gaz, ce qui est fait sur les incinérateurs modernes

 

Y-a-t-il une solution miracle ?

Comme pour l’énergie il faut éviter d’opposer les technologies les unes aux autres car elles ne sont pas concurrentes, mais complémentaires. Il faut pouvoir utiliser les différents traitements, ce qui implique :

-         de ne pas fermer les CET, voire d’en ouvrir,

-         de recycler tout ce qui peut l’être dans de bonnes conditions économiques et environnementales,

-         de méthaniser tous les déchets fermentescibles,

-         de disposer d’incinérateurs avec récupération d’énergie

Ceci exige des ensembles de traitement complexes disposant de ces diverses technologies.

 

Le débat n’est donc pas incinérateur ou pas incinérateur car on ne pourra pas éliminer l’ensemble des déchets domestiques sans le recours à un incinérateur. Il faut mettre en place une stratégie intelligente de gestion et de traitement des déchets domestiques, à une échelle au moins départementale, qui puisse avoir accès à toutes les technologies actuellement disponibles qui, on l’a vu, sont indispensables. Certes un centre de traitement de déchets, quel qu’il soit, ne sera jamais spontanément accepté par les populations riveraines qui auront toujours le sentiment d’être la poubelle des autres. Il faut donc beaucoup de concertation, d’explications, sans oublier les indispensables mesures de compensation, ce qui est hélas trop souvent oublié.