Histoire de l'Académie, depuis 1726

    Fondée par le roi Louis XV en Août 1726, l'Académie des Belles Lettres de Marseille est la fille adoptive de l'Académie Française. Elle eut le Maréchal de Villars, gouverneur de Provence, comme premier Protecteur. Composée à l'origine de vingt membres, elle en accueillit trente lors de sa mutation, en 1766 par des lettres patentes en Académie des Belles Lettres, Sciences et Arts.

Espace de culture littéraire et de rayonnement scientifique, la Compagnie obtint de Louis XVI la direction de l'Observatoire de la Marine.

Supprimée à la Révolution en 1793, elle reprit en 1799, sous le nom de Lycée des Sciences et des Arts, puis en 1802 : Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts. Depuis cette date, quarante membres sont répartis en trois classes (Sciences 18, Lettres 12, Beaux Arts 10).

Elle élit aussi dix académiciens libres (non-résidants), vingt associés (membres de l'Institut de France), quarante correspondants et des membres à titre étranger.

Depuis 1901, la Compagnie a son siège dans la maison natale d'Adolphe Thiers.

Depuis sa fondation, 577 membres résidants se sont succédé : médecins, négociants, échevins, religieux, maires, préfets, doyens de faculté, universitaires, écrivains, militaires, avocats, marins, architectes, artistes... De nombreuses rues de Marseille en portent le patronyme.

 

 Sommaire : 

 Page 1 : Lettre patente de Louis XV et sa retranscription;

 Page 2 : Histoire de l'Académie par Régis Bertrand et Jean Guyon;

 Page 3 : Emblèmes de l'Académie, histoire et description.

 

 

 

 

 

 

 

La lettre patente signée de Louis XV en 1726 :

Lettres Patentes du roi Louis XV en 1726

 

Ici retranscrite :

Lettres Patentes retranscrites

l'Académie de Marseille par Régis Bertrand et Jean Guyon

 

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C’est dans les jardins d’Académos que se réunissaient dans l’Athènes antique les philosophes, en particulier autour de Platon. Les académies modernes sont nées dans l’Italie de la Renaissance, lorsque de petits groupes de gens de lettres, de savants et d’artistes qui suivaient de façon informelle ce modèle prestigieux se mirent à organiser leurs activités et à rédiger leurs règlements. Les autorités donnèrent vite leur aval à ces compagnies savantes, à la fois pour les contrôler et afin de bénéficier de l’expertise que pouvait leur offrir cette réunion de compétences. Ainsi Richelieu fonde-t-il l’Académie française en 1635. Les académies fondées avant la Révolution comptent un nombre fixe de membres, chacun titulaire d’un fauteuil, qui sont élus par les adémiciens en exercice.

 

Sur les trente-deux académies provinciales d’Ancien Régime, deux étaient provençales. L’Académie d’Arles fut reconnue par le roi en 1669. A Marseille, quelques notables avaient formé ves 1715 une société scientifique et  littéraire qui aurait continué à se réunir dans des bastides pendant la peste. Le maréchal de Villars, gouverneur de Provence, la prit sous sa protection et lui obtint des lettres patentes d’établissement en août 1726. L’Académie naissante fut également grâce à lui affiliée à l’Académie française, dont il était membre. Il fonda le plus ancien des prix que décerne l’Académie, qui porte son nom. Elle comptait initialement vingt fauteuils, tenait ses séances privées (réservées à ses membres) le mercredi après-midi et aussi une séance publique annuelle le jour de la Saint-Louis (25 août). Elle était dirigée, comme nombre d’autres académies, par un directeur et un chancelier, renouvelés tous les ans et par un secrétaire perpétuel. Les nouveaux membres élus devaient habiter Marseille et prononcer devant la compagnie un remerciement. C’est toujours le cas. L’Académie désignait aussi des membres associés - ainsi en 1746 Voltaire, à la demande de ce dernier.

 

L’Académie fut d’abord surtout vouée aux exercices littéraires sous l’impulsion de son premier secrétaire perpétuel, le poète et orateur Antoine de Chalamont de la Visclède (1695-1760). Après sa mort, elle fut autorisée en 1766 par lettres patentes à prendre le titre d’Académie des belles-lettres, sciences et arts. Il s’agissait alors des arts appliqués, c’est-à-dire des techniques, car une académie de peinture et sculpture avait été formée en 1752 par les artistes marseillais à des fins d’enseignement. Le nombre de ses membres fut porté à trente, partagés entre littéraires et scientifiques. Elle rassemblait des membres des élites anciennes membres du clergé, officiers de justice, rentiers versificateurs et collectionneurs et nouvelles : de grands négociants et des membres des « professions à talents », médecins ou avocats.

 

L’Académie encourage à la fin de l’Ancien Régime le développement des savoirs scientifiques et des Lumières par les contributions de ses membres et les sujets de ses concours annuels. Ces travaux sont publiés dans les livraisons de ses Recueils. Elle constitue une collection d’histoire naturelle. A la suite de la suppression des jésuites, l’observatoire royal de Marseille qu’ils avaient fondé à la montée des Accoules  lui est confié en 1781. Joseph-Esprit Brun y construit pour elle une superbe salle de séances néoclassique qui sert aujourd’hui de salle d’exposition, sous le nom récent de Préau des Accoules.

Au début de la Révolution, l’Académie suggère de former une bibliothèque publique à partir des livres des couvents supprimés et elle en reçoit d’abord le dépôt, qui forme  aujourd’hui le plus ancien fonds patrimonial de la BMVR de l’Alcazar. Un de ses membres, le docteur Claude-François Achard, sera ensuite nommé bibliothécaire de la ville et créera la bibliothèque et le musée. Le 3 août 1793, la Convention nationale supprimait les sociétés littéraires. L’Académie tint sa dernière séance le 21 août 1793, l’astronome Thulis étant directeur et le docteur Achard secrétaire “en remplacement” du perpétuel, qui avait quitté Marseille. Achard put ainsi préserver les archives de l’Académie.

 

L’Académie avait, peu après sa fondation, choisi pour emblème le phénix et pour  devise : « Aux premiers rayons [du soleil], je renais », car elle était persuadée de l’existence d’une académie à Marseille dans l’Antiquité grecque. Cette devise prit un sens nouveau lorsqu’Achard ressuscita l’Académie à travers le « Lycée des sciences et des arts » dès 1799, avec l’aide des astronomes Saint-Jacques de Sylvabelle et Thulis qui avaient dirigé l’observatoire. Plusieurs membres de l’ancienne Académie vinrent les rejoindre et ils cooptèrent aussi des artistes. Cette réunion d’esprits choisis obtint l’appui du premier préfet des Bouches-du-Rhône, Charles Delacroix, qui en devint président. Elle reprit en 1802 le nom d’académie lorsque celui de lycée fut choisi à partir de l’an VIII (1800) pour les établissements d’enseignement secondaire. L’Académie était installée dans le ci-devant couvent des Bernardines (actuel lycée Thiers), siège également de la bibliothèque, du musée et du lycée. En 1806, son nouveau règlement fixa définitivement le nombre de ses fauteuils à quarante. Thibaudeau, successeur de Delacroix, souhaitait qu’elle s’occupe avant tout de travaux scientifiques et d’histoire. Elle devint Académie des sciences, lettres et arts. Elle reprit la publication annuelle de Mémoires. En 1832, elle accueillait Lamartine, de passage  à Marseille, qui lui donnait la primeur de son poème Adieux à la France en prélude à son voyage en Orient. Le baron Félix de Beaujour, député des Bouches-du-Rhône et membre associé, dont le gigantesque tombeau, le plus haut du Père-Lachaise, précise qu’il était « né à Sénas, Bouches-du-Rhône », fonde en 1832 le prix qui porte son nom.  

 

Au cours des XIXe et XXe siècles, l’Académie sait s’adapter à l’évolution de la société marseillaise. Certes, selon une situation alors unique en France, Marseille doit partager avec Aix les facultés : à Aix celles de théologie (supprimée en 1885), de droit et de lettres ; à Marseille, la faculté des sciences et l’école de médecine, qui deviendra faculté en 1930. L’Académie marseillaise doit en fait surtout partager les juristes avec sa soeur aixoise - née en 1829 d’une société antérieure -, car le lycée de Marseille rassemble longtemps davantage de littéraires que la très modeste faculté d’alors et certains professeurs aixois habitent Marseille et entrent à son Académie – c’est le cas de Mgr Antoine Ricard (1834-1895), titulaire de la chaire de dogme à la faculté de théologie, auteur d’innombrables ouvrages. L’Académie puise aussi ses membres parmi les autres fonctionnaires en poste dans la ville et dans l’élite industrielle et portuaire qu’incarne par exemple Jules Charles-Roux. Elle bénéficie aussi longtemps de l’attachement aux lettres et aux arts de rentiers instruits ou exerçant des professions encore peu astreignantes. Bien des Académiciens ont laissé par leur œuvre ou leur action un souvenir que perpétue un nom de rue ou d’un établissement public. Des spécialistes des sciences et de la médecine : Leverrier, Lautard, Clot-bey, Heckel, Charles Livon. Des écrivains : Joseph Méry, Bénédit, Horace Bertin, Edouard Peisson. Des peintres et sculpteurs : Loubon, Aldebert, Botinelly. Des musiciens : Louët, Albrand, Théodore Thurner, Pierre Barbizet. Des mécènes, tels Jules Cantini. Certains ont même mérité une statue dans la ville : Frédéric Mistral, Frantz Mayor de Montricher, Fortuné Marion, Valère Bernard.

 

L’Académie avait dû rendre sa salle des Bernardines à la suite de la construction sous le Second Empire du Palais des arts (ancienne bibliothèque et conservatoire), où elle se trouvait hébergée en un local assez étroit. Elle était parvenue, sous la Monarchie de Juillet, à distendre ses liens avec le pouvoir en place ; mais la contrepartie était une certaine exiguïté de ses ressources, qui allaient désormais être réduites aux cotisations de ses membres et à quelques legs. Aussi fut-elle comblée de bénéficier du don par Madame Dosne, belle-soeur d’Adolphe Thiers, de la maison réputée natale du premier président de la IIIe République, agrandie de l’immeuble d’angle contigu. Elle put s’y installer en 1902, devenant paradoxalement la gardienne de la mémoire d’un Marseillais tôt établi à Paris qui ne figura jamais parmi ses membres.


Comme les autres Académies, celle de Marseille a été confrontée dans la première moitié du  XXe siècle à la création de nombreuses associations spécialisées dans un aspect des sciences ou de la culture. Devant la floraison de leurs revues, l’Académie cesse la publication de ses Mémoires polymathiques. Cependant l’Académie met à profit sa pluridisciplinarité et les multiples savoirs de ses membres pour conduire une politique exigeante de conférences et de manifestations, grâce en particulier à son partenariat avec la Grande bibliothèque à vocation régionale de l’Alcazar, ouverte en 2002, où elle a retrouvé une salle de séances. Au cours des dernières décennies, elle a réalisé des ouvrages collectifs tels le Dictionnaire des Marseillais et le Dictionnaire du parler marseillais. Bien d’autres projets marqueront les années qui viennent, jusqu’au tricentenaire de la compagnie en 2026. La doyenne des sociétés savantes et culturelles de Marseille entend poursuivre ainsi ce bénévolat de compétences au service de la cité qui est sa raison d’être.

 

Régis Bertrand & Jean Guyon

 

Devise et Emblème

« Aux premiers rayons [du soleil], je renais ».

 

Le phénix était dans l’Antiquité un oiseau fabuleux, réputé vivre plusieurs siècles, se brûler lui-même sur un bûcheret renaître ensuite de ses cendres.

L’Académie l’avait choisi pour emblème peu après sa fondation, persuadée de l’existence d’une académie à Marseille dans l’antiquité grecque.

Après la suppression des  académies en France en 1793, la résurrection de l’Académie dès le Consulat conféra au phénix un nouveau sens.

Quant au soleil, il constitua tour à tour une allusion courtisane au jeune  Louis XV lors de la fondation et à Napoléon au moment de la refondation. On peut le considérer aujourd’hui comme un hommage au climat méditerranéen de Marseille.  

 

Emblème actuel :

 

Emblème de l'Académie

Emblème XVIIIe siècle, datant de MDCCLXXIV : 

Emblème du XVIIIe siècle